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Lois de Nuremberg

Dans cet article, découvrez les lois de Nuremberg, qui font des juifs allemands des étrangers dans leur propre pays.

Adolf Hitler lors du congrès de Nuremberg, en 1935.
Adolf Hitler lors du congrès de Nuremberg, en 1935. (© Photographe inconnu / Septembre 1935 / Bundesarchiv, Bild 183-2004-0312-505 / CC-BY-SA 3.0)

Les lois de Nuremberg se composent de trois lois raciales et antisémites adoptées le 15 septembre 1935 par le Reichstag au cours du septième congrès annuel du parti nazi. Elles fournissent un cadre juridique à la persécution des Juifs en Allemagne.

Les principales mesures sont la suppression de la citoyenneté allemande à l'ensemble des Juifs, l'interdiction des mariages entre Juifs et Allemands et la prohibition aux Juifs de hisser le drapeau national.


Contexte


Depuis 1933, le régime nazi entreprend de nombreuses mesures pour restreindre les libertés des Juifs en Allemagne et mener à leur exclusion de la société allemande. Ces mesures sont le résultat de la volonté du parti nazi de mettre en œuvre une politique raciste et antisémite.

En parallèle, Adolf Hitler lance la " mise au pas " de la société allemande par l'intermédiaire de la Gleichschaltung.

A Munich comme à Berlin, les violences à l'encontre des Juifs se multiplient. Elles sont entreprises par des membres de la SA, des Jeunesses hitlériennes ou par des SS en civil. Elles nécessitent parfois l'intervention de la police, tant la brutalité est sans limite.


Elaboration, présentation et adoption des lois


Elaboration


Le 20 août 1935, Hjalmar Schacht, ministre de l'Economie allemand, organise une réunion en présence de Wilhelm Frick, ministre de l'Intérieur, de Franz Gürtner, ministre de la Justice, de Johannes Popitz, ministre des Finances de Prusse, d'Adolf Wagner, Gauleiter (responsable régional politique du parti nazi NSDAP et responsable administratif d'un Gau) et ministre de l'Intérieur de Bavière, et de Reinhard Heydrich qui représente la Gestapo et le SD.

Cette réunion a pour objectif de mettre en place un dispositif de lois antisémites qui puisse substituer un cadre juridique discriminant aux violences individuelles et aux initiatives locales, ce qui permettrait de commettre des actes antisémites dans le cadre de la loi.

Avec l'aval de Hitler, les différents membres de cette réunion se mettent d'accord sur l'emploi de mesures légales à l'encontre des Juifs afin d'appliquer les dispositions antisémites du programme du parti.

Hitler ne veut pas seulement séparer les Juifs de la nation ; il a également pour but de réaffirmer le rôle du parti nazi. En effet, depuis la nuit des Longs Couteaux qui a conduit à l'affaiblissement de la SA, pour conserver le soutien de l'appareil d'État, de nombreux membres du parti se sentent à l'écart.


Le 13 septembre 1935, en marge du septième congrès du parti nazi, qui se tient à Nuremberg, le Führer fait convoquer de hauts fonctionnaires du ministère de l'Intérieur et de la Chancellerie. Cette convocation a pour but l'élaboration d'un projet de la loi qui viserait à interdire les mariages entre Allemands et Juifs pour " protéger le sang allemand ". De nombreux brouillons sont réalisés dans une agitation totale et une atmosphère de fête.

Ce projet de loi comporte pour la première fois le terme de " Juif ", contrairement par exemple à la loi sur la restauration du fonctionnariat.


Le lendemain, le ministre Wilhelm Frick ordonne la rédaction d'un second texte visant cette fois à restreindre la citoyenneté nationale aux seules personnes de sang allemand ou apparenté. Dans ce second texte, le terme " Juif " n'est pas employé. L'écriture de ce deuxième projet de loi se termine au environ de 2h30 du matin.

Au retour d'une réunion avec Hitler, peu après minuit, il donne l'ordre de préparer quatre versions de la loi sur la " protection du sang allemand ". Hitler ne tranchera entre ses versions que le lendemain au cours de la séance du Reichstag.


Présentation & Adoption


Le 15 septembre 1935, aux environs de 20 heures, Adolf Hitler s'adresse aux membres du Reichstag présents à l'occasion du congrès. A la surprise générale, il prononce un court discours ayant pour sujet principal la responsabilité des Juifs dans les tensions internationales. Après cette prise de parole, les lois sont présentées et soumises au parlement comme un moyen d'établir des relations acceptables entre Allemands et Juifs.


" Pour empêcher ce comportement d'entraîner de la part de la population indignée une énergique action défensive, dont on ne peut prévoir l'étendue, la seule solution est de trouver une réponse législative au problème. Le gouvernement du Reich allemand est guidé par l'espoir de pouvoir créer, par une mesure d'une rare portée, un cadre à l'intérieur duquel le peuple allemand serait en position d'établir des relations acceptables avec le peuple juif. Cependant, si cet espoir devait être déçu et si l'agitation juive intérieure et internationale devait continuer, il serait alors nécessaire de reconsidérer la situation. "
Extrait du discours de Adolf Hitler du 15 septembre 1935 (Saul Friedländer, Les années de persécution, L'Allemagne nazie et les Juifs (1933-1939), 2008)

Le Führer cède ensuite la parole à Herman Goering pour justifier le vote des ces lois. Le discours de ce dernier est d'une extrême violence envers le Juifs. Il affirme notamment que :


" la croix gammée est un symbole du combat pour la singularité de notre race et qu'elle nous a toujours servi en tant que signe de ralliement dans la lutte contre les Juifs en tant que destructeurs de race "

Selon lui, les lois proposées sont :


" une profession de foi pour les forces et les vertus de l'esprit germanique nordique [...] tout gouvernement, et surtout le peuple lui-même, a le devoir de veiller à ce que cette pureté raciale ne puisse plus jamais s'étioler ou être corrompue "
Extraits du discours de Hermann Goering du 15 septembre 1935 (Richard J. Evans, Le Troisième Reich. 1933-1939, 2009)

Le Reichstag réuni spécialement pour cette occasion, adopte avec acclamation les trois lois présentées.